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Les coulisses de la balade à dos d'éléphants

Un guide souriant invite à s'installer sur le dos d'un éléphant pour une balade dans la jungle. On s'assoit sur la nacelle en bois, on déclenche l'appareil. La photo est parfaite et fera des dizaines de "likes". Ce qu'on ne sait pas encore, c'est ce que cet éléphant a dû subir pour accepter cette charge. Cette réalité est soigneusement dissimulée derrière des décors enchanteurs, un discours rodé sur leur bien-être et des tarifs d'entrée accessibles qui cachent une industrie sans scrupules.

Arrachés à leur mère, les éléphanteaux subissent le « phajaan » un dressage cruel visant à briser leur esprit pour les rendre dociles. Soumis, ils doivent porter les touristes lors de balades. Ces pratiques provoquent souffrance car la colonne vertébrale de l'éléphant n'est pas conçue pour porter des poids sur le dos. Des coups, des balades quotidiennes, des chaînes la nuit et une alimentation insuffisante génèrent des blessures physiques et des troubles comportementaux. Ils participent aussi parfois à des spectacles ou festivals, avec des charges lourdes et un stress omniprésent. Cette cruauté engendre parfois des accidents mortels.

Voyage Sauvage ne propose aucune activité liée à la maltraitance des animaux pour le divertissement.

La balade à dos d'éléphant est une activité emblématique du tourisme animalier, proposée soit sous forme de :

Excursion à la journée dans un camp

Les voyageurs achètent un forfait à la journée ou une activité de quelques heures au sein de structures appelées "camps", voire "refuges" ou "sanctuaires" en Asie. Ils effectuent des rotations continues pour promener les visiteurs sur des sentiers balisés. Pour le confort des touristes, ils sont équipés d'une lourde nacelle en bois ou en métal (la plus lourde est le howdah), fixée sur leur dos.

Safari au cœur de réserves naturelles

Perçu à tort comme plus "sauvage", le safari à dos d’éléphant est pratiqué dans certaines réserves privées en Afrique australe ou dans certains Parcs Nationaux en Asie; l'argument commercial est : l'éléphant, en tant que grand mammifère, permet de s'approcher au plus près des autres animaux sauvages sans les effrayer. À quel prix ?

Le "Phajaan" : briser l'esprit d'un géant

Le terme "Phajaan" signifie littéralement "briser l'esprit". C'est le processus de dressage brutal auquel sont soumis les bébés éléphants pour les rendre dociles et aptes à l'exploitation touristique.

Le processus est toujours le même :

  • La capture : de jeunes éléphants sont arrachés à leur mère (souvent tuée) dans la nature ou issus d'élevages de reproduction (viols des femelles par les mâles avec souvent des impact physiques).
  • L'isolement : ils sont isolés, attachés à des poteaux privés de sommeil, puis enfermés dans des cages minuscules, immobilisés, privés de nourriture et d'eau.
  • La torture : pendant des semaines, ils subissent des coups répétés avec des crochets métalliques (appelés bullhooks), des bâtons cloutés, ou des pointes acérées. Leur peau, très sensible, est lacérée, leurs oreilles tirées, leur trompe martyrisée. 
  • L'objectif : leur faire perdre toute volonté, toute peur de l'homme, toute réaction naturelle d'animal sauvage.

Ce rituel, pratiqué dès l'âge de 3 à 6 ans, laisse des traumatismes profonds et irréversibles. L'éléphant développe un stress post-traumatique, une peur panique de l'homme et des objets de dressage. Sa volonté est brisée.

1 éléphanteau sur 2 meurt du phajaan !

Attention images choquantes

Une vie de souffrance en captivité

Une fois "dressés", ces géants sont condamnés à une vie de captivité qui contredit tous leur bien-être :

  • Enchaînement et solitude : Les éléphants sont enchaînés durant la nuit sur du béton, les empêchant de se coucher pour atteindre le sommeil paradoxal nécessaire à leur survie psychologique. Il sont maintenus seuls et n'ont pas d'espace pour parcourir les dizaines de kilomètres qu'ils effectuent chaque jour à l'état sauvage.
  • Alimentation insuffisante et inadaptée : un éléphant boit 200 litres par jour et et consomme entre 150 et 300 kg de végétation quotidiennement. Or, il n'a pas d'accès à l'eau pour se baigner et boire et pas de végétation naturelle pour chercher leur nourriture.
  • Impacts physiques : Un éléphant peut porter 150 kg maximum sur le dos sans trop de séquelles. Or, le poids de la nacelle (jusqu'à 100 kg) + le poids du mahout (ou cornac) + le poids des touristes dépassent largement cette limite. Portés parfois pendant des heures, provoquant des déformations de la colonne vertébrale et une usure prématurée des articulations. Les blessures dues aux selles, aux chaînes et au bullhook s'infectent souvent, faute de soins vétérinaires adaptés. Les sols durs abîment leurs pattes, leurs coussinets et articulations, entraînant des douleurs chroniques et des infections. Le soleil et la chaleur infligent des souffrances à leur peau sèche et une déshydratation intense.
  • Traumatisme psychologique : Le virus EEHV et le phajaan creent des traumatismes profonds et irréversibles. La domination est permanente par la voix et le crochet (bullhook) engendrant un stress chronique, des comportements stéréotypés et parfois des réactions imprévisibles voire dangereuses.
  • Modification des comportements naturels : Le dressage, la soumission et le conditionnement privent l’animal de choix et de liberté, l’empêchant d'exprimer ses comportements naturels. L'isolement des jeunes bloque la transmission des savoirs innés.

  • Baisse de l’espérance de vie: considérablement réduite en captivité, un éléphant de travail vit rarement au-delà de 40 ans, contre 60 à 70 ans à l'état sauvage.

  • Destruction de la sociabilisation : À l'état sauvage, l'éléphant est un être social qui évolue au sein de structures familiales complexes, matriarcales et extrêmement soudées. 

  • Banalisation de l'exploitation et de la captivité : L'animal sauvage est perçu comme un outil de divertissement ou un animal domestique à notre disposition, encouragement un tourisme fondé sur la souffrance, une déconnexion totale avec le vivant, avec une certaine illusion du consentement.

Apprivoisé, pas domestiqué

Contrairement aux idées reçues, l'éléphant n'est pas un animal domestiqué. Un éléphant utilisé pour le tourisme peut être apprivoisé mais il reste un animal sauvage, doté d'une intelligence, d'une mémoire et d'émotions complexes. Un éléphant utilisé pour les balades est simplement conditionné par la peur et la contrainte.

👉 Il n'existe pas de version “douce”, “traditionnelle” ou “responsable” de cette activité.


Le mécanisme de l'impuissance apprise

Ce concept, théorisé par le psychologue Martin Seligman, explique parfaitement la dérive des camps d'éléphants :

  1. Le brisement (Phajaan) : Le dressage initial sert à instaurer cette impuissance. En infligeant une douleur dont l'animal ne peut s'échapper, on détruit sa volonté.
  2. La résignation : L'éléphant finit par cesser de lutter pour éviter la douleur. C'est ce que les touristes prennent souvent pour de la « docilité » ou de la « douceur ».
  3. L'illusion de la coopération : Dans les camps de balades, l'éléphant semble obéir sans contrainte apparente. En réalité, il vit dans le souvenir permanent de sa défaite initiale. Il ne reste pas parce qu'il est heureux, mais parce qu'il a appris que la liberté est impossible.

La prison mentale : L'histoire de l'éléphant enchaîné

Un enfant, en allant au cirque, s'étonne de voir un éléphant immense, capable de déraciner un arbre, rester sagement attaché à un tout petit piquet de bois par une simple cordelette. L'animal pourrait se libérer en un seul mouvement, mais il ne bouge pas.

L'explication est cruelle : cet éléphant a été attaché à ce même piquet alors qu'il n'était qu'un bébé. À l'époque, il a tiré, lutté et essayé de se libérer de toutes ses forces, mais il était trop faible. Jour après jour, il a échoué, jusqu'à ce qu'il finisse par accepter une vérité terrible : « Je ne peux pas et je ne pourrai jamais me libérer ».

Une fois devenu adulte et puissant, l'éléphant conserve cette prison mentale. On peut enlever les chaînes, réduire le piquet à un simple morceau de bois : l'animal ne tentera plus jamais de s'échapper, car il est convaincu que l'effort est inutile.

Cette histoire célèbre provient du livre "Laisse-moi te raconter" (Déjame que te cuente), par le psychothérapeute et auteur argentin Jorge Bucay.

Lire l’article pour des données scientifiques

Les risques pour le touriste et le mahout

En Thaïlande, 220 personnes tuées depuis 2012 par des éléphants en contexte touristique. En Inde, les éléphants captifs tuent en moyenne 6 à 9 personnes par an - majoritairement des mahouts et des soigneurs.

🇹🇭 Thaïlande - Pays le plus meurtrier

| 2016 | Touriste écossais, 36 ans - mort / fille adolescente - blessée | Koh Samui | Éléphant qui renverse les touristes pendant une balade |

| Déc. 2017 | He Yongjie, guide chinois, 35 ans - mort + 2 touristes blessés | Pattaya | Éléphant énervé par des touristes qui tiraient sa queue | Interaction |

| Janvier 2025 | Touriste espagnole, Blanca Ojanguren Garcia, 22 ans - morte | Koh Yao (île du sud) | Attaquée en donnant un bain à l'éléphant |

| Janvier 2026 | Touriste - mort | Parc national de Khao Yai (Nakhon Ratchasima) | Piétiné par un éléphant 

Locaux :

| Déc. 2017 | Mahout birman blessé | Koh Samui | Même incident que Gareth Crowe |

| Juin (récent) | Mahout thaïlandais tué, touriste omanais blessé | Phang Nga | Balade à dos d'éléphant |


🇮🇳 Inde - Plusieurs incidents documentés

| Mai 2025 | Touriste, 33 ans - morte | Camp de Dubare, Karnataka | Affrontement entre deux éléphants, effondrement d'une structure |

| Décembre 2025 | Éléphante Swarnimoyee - morte | Kaziranga, Assam | Mort lors d'un safari éléphant |

| Récent | Touriste allemand, 77 ans - mort | Tamil Nadu (Vallée du Tigre) | Chargé par un éléphant sur une route forestière 

| Récent | Touriste - grièvement blessé | Fort d'Amber, Jaipur | Éléphant captive Gouri attaque un touriste | Balade à dos |

| Récent | Couple sud-coréen - chute | Fort d'Amber, Jaipur | Chute de l'éléphant pendant la balade | Balade à dos |

Locaux :

| 2024 | 9 personnes tuées par des éléphants captifs au Kerala | The Hindu |

| Janv-fév 2025 | 6 personnes tuées en 2 mois au Kerala | The Hindu |

| Récent | Mahout, 28 ans - mort | Kottoor, Kerala | Centre de réhabilitation |

| Récent | Mahout - mort | Naruvamoodu, Kerala | Attaque nocturne |

En chiffres

50%

des éléphanteaux sont tués pas le phajaan

75%

d'entre eux vivent dans des conditions de grande souffrance. (World Animal Protection)

3800

éléphants d'Asie captifs pour seulement 3 500 éléphants sauvages. En Thaïlande, il y a désormais plus d'éléphants captifs que dans la jungle. 

25%

des éléphants d'Asie vit en captivité. Classé "En danger" sur la liste rouge de l'UICN, avec seulement 50 000 individus. (World Animal Protection)

40 ans

c’est le taux de mortalité maximal d’un éléphant de travail, contre 60 à 70 ans à l'état sauvage. (World Animal Protection ; ENP)

50 km par jour

C'est la distance que peut parcourir un éléphant sauvage ; en captivité, il est souvent enchaîné la nuit et limité à quelques mètres. (WWF)

+20h par jour

c’est le temps qu’un éléphant l'état sauvage passe à se nourrir et explorer.

Cartographie des dérives : les zones à éviter

L’Indonésie est le seul pays qui a officiellement interdit les balades à dos d'éléphant et les spectacles forcés (janvier 2026).

Thaïlande

  • Chiang Mai & Chiang Rai (nord) : concentration maximale de camps à Mae Taeng
  • Bangkok & environs (Samutprakarn)
  • Kanchanaburi
  • Pattaya
  • Phuket 
  • Koh Samui

2/3 des éléphants captifs de l'industrie touristique thaïlandaise vivent encore dans de mauvaises conditions, malgré quelques améliorations. Le nombre d'éléphants utilisés pour les balades n'a diminué que de 20% entre 2010 et 2024 (de 1 519 à 1 217 éléphants).

Inde

  • Jaipur / Fort d'Amber (Rajasthan) 
  • Kaziranga (Assam)
  • Mysore (Karnataka),
  • Corbett National Park (Uttarakhand)
  • Kerala (Periyar, Thekkady)

Népal

  • Chitwan National Park
  • Bardia National Park

Sri Lanka

  • Pinnawala - sur la route principale depuis Kandy, de nombreux endroits proposent du trekking et des balades à dos d'éléphant
  • Kandy (processions religieuses)
  • Udawalawe

Cambodge

  • Angkor Wat / Siem Reap (interdiction à Angkor depuis 2020)
  • Mondulkiri, Ratanakiri (régions encore actives)

Vietnam

  • Dak Lak / Buon Ma Thuot (Hauts Plateaux du Centre)
  • Parc National Yok Don

Laos

  • Luang Prabang (certains camps ont arrêté les balades depuis 2019)
  • Vang Vieng

Les autres pays d'Asie

8. 🇲🇲 Myanmar

  • Mandalay, Bagan, région de l'Ayeyarwad

9. 🇲🇾 Malaisie

  • Kuala Gandah (Pahang), Sabah (Bornéo)

10. 🇧🇩 Bangladesh

  • Chittagong Hill Tracts

11. 🇨🇳 Chine

  • Yunnan

Les autres pays en Afrique

12. 🇿🇦 Afrique du Sud

- Knysna, Plettenberg Bay, Hazyview (Mpumalanga)

13. 🇿🇼 Zimbabwe

- Victoria Falls - principal hub touristique

14. 🇿🇲 Zambie

- Victoria Falls (côté zambien)

15. 🇧🇼 Botswana

- Kasane / Chobe National Park

L'alternative éthique Voyage Sauvage

Admirer sans contraindre

Une autre voie existe. Une voie où l'animal n'est plus un objet de divertissement, mais un être vivant respecté dans sa dignité et sa liberté. Chez Voyage Sauvage, l'engagement est clair : transformer l'expérience de voyage en un acte de préservation et d’observation non-intrusive.


Les vrais sanctuaires : une seconde vie

La visite des ces refuges finance directement leur sauvetage, leur non exploitation et leur bien-être. Pour ces refuges, la priorité est donnée au bien-être de l'animal :

  • Zéro interaction forcée : pas de balade, pas de spectacle, et pas de baignade imposée avec les touristes.
  • Liberté de mouvement : les éléphants évoluent dans de vastes espaces naturels où ils peuvent exprimer leurs comportements innés.
  • Vie sociale restaurée : les individus peuvent enfin former des liens sociaux avec leurs congénères, un besoin vital pour cette espèce profondément grégaire.


L'observation en milieu naturel : la vraie rencontre

La plus belle façon de découvrir un éléphant reste l'observation dans son habitat sauvage. Que ce soit dans les Parcs Nationaux de Thaïlande, du Sri Lanka ou d'Afrique, le safari éthique privilégie la distance et la discrétion. Observer un troupeau se diriger vers un point d'eau, voir les éléphanteaux jouer sous la protection des matriarches ou écouter le bruissement de la forêt à leur passage procure une émotion qu'aucune interaction forcée ne pourra jamais égaler. C'est ici, dans le silence et le respect, que se crée le lien le plus authentique avec la vie sauvage.

Admirer un éléphant libre, c'est s'assurer que sa beauté et sa puissance perdureront bien après le passage du voyageur. C'est la promesse d'une immersion consciente, où chaque regard porté sur l'animal est un hommage à sa liberté retrouvée.


👉 Choisir l'alternative Voyage Sauvage, c'est aborder un plaisir qui ne vient plus du contact physique, mais de la compréhension fine de l'espèce : apprendre à décrypter les comportements, à comprendre les enjeux de conservation et à soutenir des projets qui protègent réellement les écosystèmes.

Nos voyages en Asie

Questions fréquentes

Comment distingue-t-on un vrai sanctuaire d'un faux sanctuaire ?

Selon le GFAS (Global Federation of Animal Sanctuaries), un sanctuaire est « toute installation offrant un refuge temporaire ou permanent à des animaux dans le besoin, tout en respectant les principes des véritables sanctuaires. »


Pour éviter de financer cette cruauté sans le savoir, voici les bons réflexes à adopter :

✓ Fuir toute activité impliquant de monter sur un éléphant. C'est la règle d'or.
✓ Éviter les spectacles d'éléphants, les interactions directes (toucher, laver, nourrir à la main).
✓ Se méfier des centres qui proposent des éléphants solitaires ou enchaînés.
✓ Privilégier les sanctuaires réellement éthiques : ceux où les éléphants vivent en quasi-liberté, sans contact direct avec l'homme, et où les animaux ont été secourus (et non élevés pour le tourisme).
✓ Rechercher les certifications et les avis d'ONG indépendantes (World Animal Protection)

En savoir plus

Pourquoi les éléphants ne sont-ils pas plus souvent réhabilités ?

Pour les éléphants issus de l'industrie du divertissement ou des travaux forestiers, le retour à la vie sauvage totale est parfois compliquée voire impossible. Les lois intredisant L'alternative réside alors dans des sanctuaires certifiés et rigoureusement sélectionnés.

Nos sources

Nous avons utilisé des photos créées par l'IA pour des question de liberté des droits d'images.


Ci-dessous vous trouverez plusieurs de nos sources pour étayer notre article :

  • Livre "Laisse-moi te raconter" (Dejame que te cuente), écrit par le psychothérapeute et auteur argentin Jorge Bucay. Elle illustre comment les traumatismes et les échecs vécus durant la jeunesse créent des barrières mentales infranchissables à l'âge adulte, même lorsque les chaînes physiques ont disparu.
Article 4 pattes

« Monter un éléphant, c'est monter un esprit brisé. » Lek Chailert (Fondatrice d'ENP, Thaïlande)

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